Observons deux papillons

Bon dieu, ça m’a pris par surprise, mais voilà que d’un seul coup revient le printemps et son florilège de manifestations si remarquables et si magistralement différenciées. Le printemps, pour les femmes, c’est le moment où les fleurs repoussent ; pour les adolescents, c’est le moment où leur corps est dévasté par de puissantes pulsions confuses mais quasi-irrésistibles et, en parallèle, des éruptions acnéiques explosives rendant malheureusement totalement vaines dans la plupart des cas les pulsions pré-citées… et enfin les hommes, pour qui le printemps est associé à de nombreuses manifestations de physique amusante parmi lesquels on citera prioritairement la contemplation de l’incroyable rétrécissement annuel des jupes des filles, qui mutent toutes entre le 20 et 22 mars, en perdant généralement 15 bons centimètres dans l’aventure et ne sont pas loin de provoquer un effet de changement de taille diamétralement opposé sur une certaine partie de l’anatomie masculine – qui aimerait bien, tiens, gagner 15 centimètres dans l’aventure mais en récupère plutôt 7 ou 8 (enfin, je dis ça, je dis rien, j’ai jamais vraiment vraiment mesuré).

signeretmontandmonroemiller

Maintenant, si on voulait vraiment faire un bilan du sexe, printanier ou pas, je dirai, finalement, tout cela pour ça, quand même, est-ce que ça ne serait quand même beaucoup d’agitation ? Ce à quoi vous pourriez répondre que ce n’est pas seulement tout cela pour ça, il y a aussi ça, et ça, sans même parler des ças qui viennent en paire, des ças en forme de poire, des ças dotés d’une élasticité insoupçonnable… et évidemment des ças qui ont une copine qui serait ok pour un plan à trois.

Non, mais plus sérieusement, le sexe, combien de divisions ?

C’est vrai quoi, franchement, ça rime à quoi, ce, heu, truc. Est-ce que le sexe est juste la chose la plus fondamentale du monde et que la moitié de l’humanité serait prête à se damner pour, en gros, sauter la seconde, ou ne serait-ce pas plutôt au contraire une sorte de loisir amusant, certes, mais totalement surévalué, une illusion soigneusement entretenue par les vendeurs de chair virtuelle ou réelle mais aussi la Société en général, parce que tant que les hommes sont occupés à reluquer les jambes et les jupes des filles et à rêver à ce qui est en dessous, ils ne s’occupent pas de trucs plus sérieux que ça, comme la révolution prolétarienne 2.0 ou le partage plus équitable des ressources fondamentales à la survie équitable de l’humanité – en commençant évidemment par les mp3 et les copies de séries télé.

Alors, vrai moteur de l’humanité ou simple activité para-ludique ? Entre les deux, le doute m’ha.. saille. Le doute m’assaille.

Au commencement, le sexe n’existait pas. Seule était la Reproduction. Quand Grmmpfff se rendait à la grande séance de saillie collective du samedi soir – déjà  – à côté de la mare aux mammouths, peu lui importait la croupe de la femelle à laquelle il se préparait à la grande fusion des corps et des espr – heu, à laquelle il se préparait à se coller comme un bouc et  pénétrer avec la même délicatesse. Pour être tout à fait honnête, la femelle ainsi saillie, généralement  Rmfffl la bien-nommée, n’y accordait pas plus d’importance que ça non plus – à peine si elle arrêtait de discuter avec sa cousine de l’augmentation des prix du gigot d’aurochs.

Seulement, pour des raisons qui seraient longues à expliquer mais non sans rapport avec cette pimbêche de voisine un rien poseuse, un jour Rmfffl à commencé à exiger de Grmmpfff qu’il lui fournisse des vêtements, à commencer par un charmant petit pagne en peau de zébu qu’elle avait repérée directement sur la bête. Et croyez-le ou non, avec ce pagne allaient naitre non seulement la haute couture et Karl Lagarfeld mais aussi, et c’est  d’ailleurs à peine moins remarquable d’après l’intéressé, le Sexe.

En effet, à compter du jour où Rmmfffl commença à lui cacher sa paire de fesses, Grmmmpff n’eut guère plus d’autres objectifs dans la vie que de la voir, cette paire. Du jour où le sexe de Rmmfffl ne fut plus un banal organe génital essentiellement fonctionnel – et partagé par la moitié de l’humanité avec relativement peu de différences – il devint au contraire un Graal au pouvoir attractif quasi irrésistible. Tous ces éléments d’une animalité banale devinrent ainsi magiquement irrésistibles.

Et le Désir fut.

D’autant que cette maligne de Rmmfffl, qui maniait la ruse du renard et la subtilité de l’éléphanteau en rut, avait vite compris le nouveau pouvoir qu’elle prenait ainsi sur Grmmmpff, et ne se gêna pas pour profiter de la situation – voire carrément abuser. Et dès que ce pauvre Grmmmpff, la queue battante et les bajoues ballantes – à moins que ce ne fût l’inverse – dès que donc il parut savoir enfin canaliser sa passion, cette petite trainée de Rmmfffl décida alors de se couvrir les seins ! Les seins ! Ces trucs que Grmmmpff avait eu sous les yeux pendant des années et des années en s’en souciant comme de l’an 40 – comme on disait à l’époque. Ces deux excroissances vaguement rebondies et à l’utilité pratique souvent inversement proportionnelle à l’encombrement. Et bien d’un seul coup, Grmmmpff se serait coupé le bras gauche pour les apercevoir à nouveau. Pour les prendre dans ses mains, les malaxer, les mordiller voire inventer pour eux des concepts aussi abstraits et peu utiles pour les 7800 prochaines années que les cravates et les notaires. Mais rien. Rmmfffl veillait à ne dévoiler sa poitrine qu’au prix de rituels toujours plus compliqués infligés à Grmmmpff : lui amener des fleurs, écouter trois fois de suite le récit de sa journée de travail à la caverne des loups. Et tiens, va donc me chasser ces loups de la caverne, puisqu’on en parle, si tu veux voir mes seins tu peux bien faire un petit effort.

Grmmmppff n’en pouvait plus – d’autant que les seins couverts et le sexe caché de Rmmfffl n’avaient pas seulement un pouvoir magnétique sur lui, mais que tous ses congénères masculins commençaient à faire la qu- commençaient à s’intéresser aussi fortement à la belle. Du coup, les autres femelles, un temps soulagées d’être moins sollicitées, finirent, dans le doute et sans forcément bien savoir pourquoi, par jalouser Rmmfffl. Et de se couvrir à qui mieux-mieux des paires de fesses et ventres pas toujours si plats – ce qui en arrangea d’ailleurs plus d’une. Toujours en tête dès qu’il s’agissait de tirer parti de la situation, la voisine de Rmmfffl trouva une sorte de peau de loup qui lui permit de couvrir une partie de ses jambes – ce qui lui valu l’admiration de ses congénères déjà lassées de s’épiler (il faut dire que l’intégrale au silex, c’était un peu rock’n roll).

La vie sexuelle de l’humanité s’équilibra ainsi pour les années suivantes.

Les 10 000 années suivantes.

Exactement jusqu’au 22 mars 1962**, plus ou moins 10 minutes.

Jusque-là, le sexe se résumait, pour les femmes, à se cacher un maximum de parties du corps et les rendre ainsi désirables aux hommes, afin d’obtenir, en échange, des peaux de bêtes – ou robes de soie – et la sécurité de la caverne face aux tigres à dent de sabre – ou  le chauffage central dans le pavillon de neuilly sous bois. Pour les hommes, le sexe c’était la quête effrénée et maladive d’une paire de seins où s’épancher et d’une paire de fesses où se plonger, au bénéfice généralement d’une saillie rapidement évacuatrice et vaguement satisfaisante, mais bon voilà, quoi.

Et là finalement donc, les femmes, comme toujours, furent à l’origine du changement majeur (dans l’histoire de l’humanité, force est de reconnaître que les femmes furent à l’origine de tous les changements majeurs affectant profondément la race humaine ; à l’unique exception de la modification de la règle du hors-jeu à la coupe du monde 1974 – quoiqu’on ait murmuré à l’époque que sans la, hhum… disons force de persuasion de la femme du capitaine de l’équipe du Brésil la veille au soir, il n’est pas dit que l’arbitre aurait sifflé le pénalty qui changea la face du.. – mais je m’égare).

Les femmes finirent donc par s’intéresser au sexe, et ne plus du tout se contenter des robes de soie qui en constituaient jusqu’à présent le principal objectif (mais sans y renoncer pour autant hein – les femmes sont fortes). Quoique les hommes n’aient franchement pas vocation à leur cacher quoi que ce soit bien longtemps et surement pas des portions – érectiles ou non – de leur anatomie, les femmes prirent plaisir au corps des hommes, d’abord, puis au leur, ensuite.

Et le Plaisir fut.

La recherche du plaisir devint indissociable du sexe, et tout se compliqua. On s’explora. Seul, ou seule, puis en couple (voire, dans des cas plus extrêmes, ou triple, quadruple et plus encore si affinités – renouvelant ainsi sans le savoir les rituels de saillies collectives déjà évoqués). On se titilla. On s’érotisa. On se caressa. Se lécha. Se suça. Se branla. Se baisa. S’encula. Se goda. Se goudha aussi – mais seulement en hollande et l’odeur était quand même assez déplaisante, alors passons.

Au final, tout le monde baisa plus ou moins avec tout le monde (je parle d’un cas général, ne soyez pas désespéré si vous ne rentrez pas immédiatement dans cette catégorie). Les femmes cessèrent de faire semblant de ne pas être concernées par cette chose vaguement répugnante et même les plus obtus des hommes finirent par comprendre qu’elles pensaient au sexe presque aussi souvent qu’eux, ne voyaient pas le sexe comme la rencontre de deux papillons dans un ciel immaculé et serein – mais aussi parfois comme une bite raide et triomphante plongeant finalement au plus profond de leurs sexes béants. Pouah! (Pouah! était une femelle particulièrement provocante de la tribu de Rmmflll et Grmmmpff, qui n’avait pas froid aux fesses et ne rechignait pas devant les expériences sexuelles les plus exotiques. On lui attribue d’ailleurs l’extinction de plusieurs races animales de l’époque, à jamais traumatisées par la libido proprement dégoutante de Pouah).

Les femmes exprimèrent leurs désirs, et même les prirent en main (en invoquant généralement deux secondes plus tard le nom de la contemporaine de Grmmmpff que nous venons d’évoquer). Seules ou accompagnées. Les hommes finirent par s’habituer et même se réjouir de ces nouvelles compagnes de jeu et de plaisir.

Et le sexe dans tout ça, donc ? Miraculeusement, il a survécu et réussit à garder son attrait. Ok, au prix parfois de recherches exotiques – de figures érotiques baroques, d’outils de haute technologie, de partenaires multiples, de sexualité multiple… Mais toujours cette recherche du désir puis du plaisir fait courir les hommes derrière une femme dont on devine que la jupe légère pourrait se soulever au prochain coup de vent. Et si le vent est complice, la vue de l’ombre de la culotte blanche, ou du string écarlate – voire de fesses épanouies et fièrement libres – peu importe, n’importe laquelle de ces trois vues réjouira le mâle et ses hormones. Quant à la femelle, faussement inconsciente de l’attention majeure centrée au tour de la légèreté de sa robe d’été, elle se ne désolera que si le vent tombe – ou l’attention des mâles diverge(*) vers un autre sujet de contemplation.

La seule question qu’un homme peut se poser à différents stades de la vie est la suivante : Est-ce que j’ai déjà renoncé à du sexe parce que je préférais rentrer voir une série ou lire un livre à la maison ? La réponse est toujours évidente, et pourtant elle varie avec l’âge (et la qualité des livres ou des séries, évidemment. Je ne renoncerai pas à une nuit avec mon amoureuse pour le dernier épisode de Dexter (pouah!) ou même le nouveau John Irwing. Angelina Jolie me ferait sans doute renoncer au dernier Tonino Benaquista ou à une redif des Sopranos. Quant à ne pas me jeter sur un nouveau Murakami ou un nouvel épisode de Breaking Bad, il faudrait qu’Angie soit sacrément forte – ou qu’elle vienne avec Brad, là je ne dis pas. Non pas que je sois très porté sur les, heu, Brad – mais un trio avec Angelina Olie et Prad Bitt, ça doit quand même être une sorte de record du monde du sexe glamour). A noter que si vous posez cette question à un ado  de 14 ans, il vous regardera avec des yeux écarquillés et partira en  hurlant comme un fou à la lune – comment quelqu’un pourrait-il renoncer à ce sexe dont il rêve jour et nuit ? Prenez le même ado à 17 ans et posez-lui la même question : il vous regardera toujours avec des yeux fous et partira également en hurlant à la lune : comment quelqu’un pourrait-il renoncer à sa partie de jeu online ? Enfin, j’exagère sans doute. Enfin j’espère.

De son côté, la seule question qu’une femme peut se poser à différents stades de sa vie est la suivante : pour quelles choses est-ce que je n’ai pas déjà renoncé à du sexe ? Parce que côté femelles, la liste est plus longue. Ca va de Merde, il est pas mal mais je me suis pas épilée, à Zut, j’ai pas mis la bonne culotte, en passant par Putain, t’as vu le mec, ok je suis en manque mais là demain je me tape trop la honte devant les copines ou Merde, mon train est à 17h22, je vais quand même pas me le faire dans les toilettes, et toutes ces sortes de choses. Enfin je n’exagère sans doute pas. Enfin j’es.. – non rien.

Arrivé à la fin de cette exploration, j’ai pourtant comme l’impression que je n’ai pas parlé d’un aspect universel, un truc évident qui m’échappe. Attendez, voyons, je récapitule les dates clefs de l’histoire du sexe, alors disons : les saillies collectives, le pagne en peau de zébu, les robes légères qui volent et les bites où s’amarrent des sexes majestueux et volages (vraiment, vous avez raté ce passage ?), voyons quoi encore, le porno, le dernier Tonino Benaquista et le train de 17h22, non, finalement, je crois bien avoir tout dit sur le sexe.

Ah, si, peut-être. J’ai éventuellement oublié, dans la partie ontologique du développement sémantique de l’analyse contextuelle et socio-ethnologique des rapports interhumains pouvant avoir une dimension exploratoire et potentiellement copulatoire, j’ai sans doute oublié de traiter le paradoxe systémique de l’analyse Egelienne par rapport à la dynamique kantienne :

Putain, c’est quand même bon, le sexe. Passer la main dans le dos d’une femme. Mordiller son oreille en effleurant ses seins. La sentir cambrer les reins comme on serre les bras sur elle. Dévorer, maintenant, ses seins. Assumer ses fesses, les pétrir, les prendre, les désirer. Exalter son sexe, l’ouvrir, l’aimer, le dévorer, le respecter… puis l’outrager, le violenter. Et gouter, savourer, partager.

Qui pourrait renoncer à ça ? (ou, ok, je veux bien l’admettre, pour l’exercice, à l’équivalent inversé, ouais bon, les pectoraux virils à tâter, ça va, les fesses musclées à pétrir, ok, ok, les bras forts qui nous enserrent et nous écrasent, pfff, passe encore, le sexe raidi et imposant qui attire irrésistiblement la bouch- eh oh, ça va, et puis quoi encore ?).

O.

PS : Il est possible que ce texte contienne une citation de Joseph Djougachvilli. Il est probable que personne ne la verra, ce qui m’arrange d’autant plus qu’elle n’est que très faiblement authentique – on me dit que Staline n’aurait finalement que très peu écrit sur le sexe en général et la levrette en particulier. Le con.

* et dix verges, c’est énorme, comme disait l’autre pd – Pierre Desproges, je veux dire. Avec  qui et sans pourtant qu’il ne le sache nous partagions déjà une passion commune pour la sexualité des papillons depuis que je lui ai volé le titre.

** Date certifiée par les plus experts les plus branchés du sexe dont Maïa Mazaurette  et Christine Boutin.

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