Une esquisse américaine

En se promenant dans les avenues américaines, des grandes villes aux parcs nationaux, des paysages immenses du grand ouest aux petits bleds du sud profond… tous ces endroits remplis de yuppies, de grandpa, de jeunes étudiants, d’intello cote est, de branchés cote ouest, de joueurs de poker, de cops baraqués – mais sympa – de petites minettes et de grandes blondes siliconées… Tous et toutes, ils tissent la grande toile américaine, chacun porteur d’une fibre, d’une trame, d’une portion de l’image globale.

Aucun d’entre eux n’est l’Amérique – et pourtant ils le sont tous.

Ne cherchez pas l’ordre, pas la chronologie. C’est tout mélangé.

Exprès.

Le lieu : New York, cote est. 20 millions d’habitants.

Découvrir New York, c’est comme faire l’amour à une femme qu’on aime pour la première fois. Et recommencer à chaque fois qu’on y revient.

DSC00095

A. est une jeune femme, la trentaine. Ecrivain. Elle parle français – et adore la France. Nous sommes assis sur l’herbe, dans un parc à Manhattan.

A     : Tu comprends, il y a une chose fondamentale qui est différente entre les USA et la France.

Moi : Quoi ? Les hamburgers sont meilleurs ici ?

A    : Non. Enfin si. Enfin je pense – je ne sais pas, tu sais bien que je suis végétarienne. Non, ce qui est différent, ce sont nos grands hommes.

Moi : Nos héros ?

A    : Exactement. A Paris, je suis allé au Panthéon, là où vous enterrez vos grands hommes. J’y suis allé. J’ai vu Voltaire, Rousseau, Victor Hugo : vous célébrez des écrivains et des philosophes ! Chez nous, les grands hommes ce sont des industriels. Ou des sportifs. Et surtout, surtout, des militaires. Pas des artistes. Avec mes amis français, je parle littérature, philosophie, politique.

Moi  : Et avec tes amis américains ?

A     : Pfff – je les aime bien hein. Mais généralement, ils veulent surtout savoir combien ça rapporte, écrivain…

Le lieu : Los Angeles, cote ouest. 10 millions d’habitants 

Si New York est une femme qu’on aime, Los Angeles c’est juste une fille d’un soir, qu’on rêve de ramener à son hôtel

los angeles

Chris est un movie mogul – il bosse dans le cinéma, quoi. Il est vice-président-quelque-chose d’une de ces firmes qu’on voit au début des films. En arrivant dans son bureau, il a les pieds sur la table et la bouche pleine.

Chris  : Oh hi, how are you ?

Moi     : I’m good. How are you ? 

(Chris est un mec adorable, mais ne parle pas un mot de français. On va s’en occuper pour lui et passer en mode « traduction simultanée »…)

Chris   : C’est l’anniversaire d’une fille ici – il y a du gâteau. Tu en veux une part ?

Moi     : Heu, merci, mais non. Il a l’air, heu… spectaculaire, dis donc, avec toute la crème et les étages, et tout…

Chris   (il se marre) : Ouais… – ça fait du bien. Bon, il faut qu’on parle de ton projet. D’ailleurs, on a reçu pas mal de projets venant de France, ces derniers-temps – ou en tout cas qui sont centrés autour de la France.

Moi       : Ah oui ?

Chris     : Oui. Et particulièrement autour de la Légion Etrangère.

Moi       : La Légion Etrangere ? Ca alors ! Je n’aurai même pas pensé que les américains connaissaient ça.

Chris    : Tu plaisantes ? La Légion étrangère est très connue ici – we love the Legion Etrangere. Il y a eu un film avec Van Damme il y a quelques années, et rien que dans cette société, nous avons au moins deux scripts à l’étude qui en parlent.

Moi       : Alors là, tu m’en bouches un coin (traduction plus ou moins libre, hein…)

Chris    : Eh oui ! C’est super connu et très populaire. Comme en France !

Moi      : Heu – désolé, mais en fait, la Légion Populaire n’est plus vraiment populaire ni même connue en France. C’est un vieux truc quoi.

Chris    : Tu te fous de moi ?

Moi      : Non – non, vraiment.

Chris    : Mais à la télé, au journal, quand ils donnent les infos sur la Légion, tout le monde voit ça ?

Moi      : Des infos à la télé sur la Légion ? Jamais vu ça !

Chris   : Mais, heu, on ne vous donne pas des nouvelles régulières de vos troupes, à la télé, où ils sont, ce qu’ils font ?

Moi     : Heu non – sauf quand on est dans un conflit armé, ça oui. Mais sinon, on a aucune idée de ce qui se passe. A mon avis, la plupart des français ne savent même pas que l’armée française a envoyé des troupes et combat avec les US en Afghanistan !

Chris   : L’armée française est en Aflghanistan ? je ne savais pas. Est-ce que par chance tu crois que ça pourrait être la Légion Etrangère ? Purée, ça pourrait faire  un sacré bon scénario, ça !

Le lieu : Une salle de poker, à Las Vegas, Nevada

Las Vegas est une pute un peu trop maquillée, un peu trop bien roulée. Et sûr que Miss Sin City, il faudra la payer si tu veux la baiser.

ph pr 1

Un tournoi de poker, au droit d’entrée raisonnable, sans doute une centaine de dollars. Des joueurs amateurs, venus à Vegas pour le weekend.

Tout le monde joue et pendant ce temps à la télé, en ce début d’année, les écrans omniprésents montrent des matchs des séries de football US. Chaque joueur prend position – « Hey, qui est pour les Ravens ? » – « Yeah, moi, c’est mon équipe, c’est ma team » – « Non, pas moi, moi je suis pour les Giants« – et ainsi de suite. Quand on me demande mon équipe favorie – pas moyen d’être un mâle aux US sans avoir une team préférée – je réponds « Guys, j’aime bien le foot US, mais bon, de là à avoir une équipe préférée… moi ce serait plutôt le soccer ».  La conversation se calme tout de suite – les américains sont généralement très polis, et évitent donc de dire à ce blanc bec européen tout le mal qu’ils pensent de son sport fatigué. Tout le monde se tait sauf Dex, un jeune black américain, la trentaine à la fois classe et décontractée.

Dex   : Hey, j’aime le soccer aussi, moi. Je regarde la Premier League (le championnat anglais). C’est vraiment bon.

Moi    : Oui, c’est vrai. Comment ça se fait que tu sois le seul ici à aimer ça ?

Dex    : Man, c’est pas compliqué : les américains n’aiment que les trucs où ils sont les meilleurs. On s’intéressera au soccer quand on sera champion du monde, pas avant.  Commencez par nous laisser gagner la coupe du monde, et je là t’assure que tout le monde adorera le soccer ici ! En amérique, on ne soutient que  les gagnants.

Strasse mit Blick auf Monument Valley, Navajo Tribal Park, Arizona, USA

Autant j’aime l’Amérique des villes – New York, San Francisco, évidemment, mais aussi Seattle ou la Nouvelle Orleans – autant j’adore l’Amérique des bleds ! Les petites villes de l’ouest américain, Moab, Rapid City – ou tu découvres la vraie amérique quotidienne. Et les micro bleds. Dans le sud ouest notamment, il existe encore des villes qui ne sont constituées que d’une trentaine de maisons de deux côtés de l’unique rue qui les sépare. Et vous y trouverez quand même un Diner à l’ancienne, et peut-être même un Motel. Souvent tenu par un Old Timer, un grand père à l’âge séculaire. Et quand le breakfast est compris avec la chambre, c’est souvent lui qui vous le fera en personne le lendemain matin, faisant griller les gaufres et les pancakes sur le barbecue du Motel…

Le lieu : Shreveport, capitale économique de la Louisiane.

La Louisiane, ce sont des crocodiles, des usines et des pipelines. Et une atmosphère moite et collante.

Al est un gentleman ET un business man. La cinquantaine. Je viens visiter son entreprise et il m’a offert de m’héberger chez lui pour les deux nuits que je passe sur place. En arrivant à son bureau on s’entend en quelques minutes sur un accord professionnel extrêmement généreux de sa part – clairement, il veut m’aider et me propose quelque chose de presque désintéressé, qui ne lui rapporte quasiment rien. Le soir venu, nous allons chez lui. Il habite dans une magnifique maison dans un quartier résidentiel haut-de-gamme, avec un jardin et des arbres somptueux.

Al     : Voilà ta chambre. Si tu veux, on peut sortir faire un tour et aller manger un morceau…

Moi : Al, je serai ravi, mais je sors de l’avion, il fait une chaleur tropicale, je suis complètement décalé… Si ça ne t’embête pas, j’irai bien dormir un peu.

Al     : Of course, no problem. On fera un tour demain.

Moi  : Great – merci

Al     : Juste un truc. Si tu te réveilles cette nuit.

Moi  : Oui ?

Al    : Et bien, tu peux aller de ta chambre aux toilettes – tu vois, c’est la porte de droite. Mais pas dans la cuisine.

Moi  : Ah, heu, ok. Mais pourquoi ?

Al     : Parce que ça déclencherait l’alarme. Ne va pas dans le jardin non plus.

Moi  : Il y a une alarme dehors ?

Al   : Non, mais il y a une entreprise de sécurité qui fait des rondes dans le quartier, s’ils voient quelqu’un dans le jardin, ça va être une alerte.

Moi : Ok, je ne sors pas de la maison.

Al   : S’il y a du bruit dans la maison, tu ne t’inquiètes pas, tu restes dans ta chambre. Je m’en occuperai. Si tu entends des coups de feu, ne bouges pas non plus, c’est sans doute moi.

Moi  : ….

Al     : Mais ne t’inquiète pas. Dors bien et repose-toi.

Le lieu : La Nouvelle Orleans, coeur vivant de la Louisiane

Possible que La Nouvelle Orleans soit une fille facile. Possible. Mais qu’est-ce qu’elle danse bien !

NEW-ORLEANS

La scène se passe avant Katrina et ses désastres. A la limite du Quartier Français – juste un peu en dehors. Une galerie d’art. Entré un peu par hasard, et trouvé de belles choses. Je finis par faire mon choix et acheter quelque chose. Le vendeur est plutôt jeune, sympa, intéressé.

Moi : Vous avez vraiment des choses superbes ici. Tu travailles dans cette galerie depuis longtemps ?

Lui   : Non, juste un an et demi. Tu n’as pas idée comme je suis content de travailler ici.

Moi  : C’est une belle galerie, oui.

Lui   : Oui, bien sûr, mais pas seulement. J’avais tellement envie de trouver un travail dans l’Art – ma vie était vraiment pourrie avant !

Moi  : Oui ?

Lui  : Oui, tu sais ici, quand tu veux être artiste, ou travailler dans un domaine artistique, c’est l’enfer. On te traite comme un zéro.

Moi  : On n’apprécie pas les artistes ou les littéraires ?

Lui   : Non. Aux USA, ce qu’il faut, c’est être un gagnant ! On t’élève et tu dois être « le meilleur », un winner, quoi – tu dois vouloir te battre, être compétitif en tout, tout le temps. Sinon, tu es un looser, personne ne s’intéresse à toi, tout le monde te prend pour une merde.

Moi   : Mais ça va mieux après l’école, non ?

Lui   : Pas du tout. toute la culture américaine est faite pour valoriser les vainqueurs – et faire rêver les autres avec ce culte débile des milliardaires, des vedettes… Personne ne te valorise pour ce que tu accomplis dans la communauté, ou si tu crées quelque chose – sauf si ça rapporte de l’argent et que tu peux dire que tu es un millionnaire, évidemment. Tu as vraiment de la chance de vivre en Europe, il faudrait vraiment que j’aille vivre en Angleterre ou en Italie. Là où les artistes peuvent s’exprimer sans pression.

Moi  : Bienvenue en Europe alors. Tu risques juste d’arriver un siècle trop tard…

Le Lieu : une ambassade de France, quelque part en Amérique Latine.

En arrivant dans ce pays, on m’a dit : « Si tu as un problème dans la rue, si des gens t’abordent ou sont un peu agressifs, surtout explique très vite que tu es français et pas américain. Très vite. C’est important. Ne les laisses pas penser que tu es un gringo. »

Une réception un peu anodine. Les discours n’ont pas commencés, et je me laisse aller à goûter l’alcool local. Doux et puissant à la fois, le Pisco Sour fait son effet et la discussion décontractée que je tiens avec un attaché culturel et un employé de l’ambassade de France devient assez libre et de moins en moins sérieuse… Arrive quelqu’un, que les autres semblent connaître et saluent en anglais. Il se mêle à la conversation, qui passe en anglais et reste relax. On parle d’abord technologie, puis éducation. Et on en vient à la politique. Seuls moi et le nouvel arrivant parlons – les deux autres écoutent et sourient. On plaisante, le ton est léger.

Alex :  What about your new president – this mister Sarkozy ? Is he going to be a great president for France ?

Moi  : Sarkozy ? A « great » president ? My god – do you know what is a « talonnette » ? 

Alex  : Heu, je non, je moi pas connaître « talonnette ». What is it ?

Moi  : Sarkozy ne sera jamais un grand président. On alors il faudrait qu’il se fasse opérer des jambes.

Alex  : What do you say ? His legs ? I guess you are pulling my leg ! (« je crois que tu te moques de moi »)

Moi   : Cela dit, il est tout petit – mais je ne suis pas sûr que votre Georges Bush soit plus grand… (avec un jeu de mot idiot de nouveau entre la taille et la « grandeur »)

Alex   (sourit largement, mais ne dit rien)

Moi   : Notez qu’il y a une différence entre Sarkozy et Bush, c’est que je crois que le nôtre sait lire, au moins (*)

Alex   (éclate de rire – mais ne répond rien)

Là-dessus, nous sommes interrompus par une femme très élégante – l’ambassadrice de France elle-même. Elle s’adresse à mon ami hilare « Alex, je crois que c’est à toi ». Alex se calme, dit « This Pisco Sour was wonderful – but a bit too strong I guess ». Il me fait un clin d’oeil et me dit « Je dois aller faire mon devoir pour l’Amérique » – et me glisse sa carte de visite. Toujours légèrement alcoolisé et euphorique, je prends la carte sans la lire. Pendant que je termine mon verre, Alex se dirige vers les micros et prend la parole – tout le monde s’est rapproché et l’écoute respectueusement. Je suis un peu loin, je n’entends pas ce qu’il dit. Je reprends alors sa carte et vois :

Son Excellence Alex C.

Ambassadeur des Etats Unis d’Amérique

Récapitulons.

J’ai insulté le président de mon pays devant l’ambassadeur des Etats Unis. J’ai moqué sa taille et celle du président américain, dont j’ai également sous-entendu qu’il était probablement analphabète.

Ca aura été une bonne soirée finalement – si le FBI ne m’attend pas à l’hôtel ou à l’aéroport pour m’arrêter pour outrage au président ou je-ne-sais-quoi…

Le lieu : San Francisco, cote Ouest. 

La ville américaine préférée des européens. San Francisco est ton amie. 

san francsico

Lenny est un pur américain de la cote ouest. Branché, cool, bien habillé. Il est cadre dans une grosse boite audiovisuelle – et vient regarder un projet que je dois lui présenter dans un salon. C’est un nouveau dans sa boite, et c’est donc notre première rencontre. Lenny est sympa, black, à mon avis il a moins de trente ans. Il a une canette de coke à la main. Il s’assoit. Nous sommes dans un salon professionnel. Dans ce genre de salon, les visiteurs américains sont toujours très aimables – quoique que soit qu’on montre, ils trouvent ça « Great« , « Wonderful« , « Very nice« … c’est de la politesse, et ça ne veut rien dire du tout, généralement.

Moi      : Nice to meet you. Let me show you my project.

Lenny : Yeah, yeah, great. I’ve seen so many projects today, man, I’m sorry, i’m a bit confused already (« J’ai déjà vu tellement de projets différents aujourd’hui, désolé, je suis un peu étourdi » – en gros je suis fatigué, la journée a été longue, et j’ai juste envie d’aller me coucher alors ton projet, tu parles qu’il va m’intéresser...)

(Je démarre la présentation du projet sans illusion).

Lenny se fige très vite.

Lenny : Oh my God. Oh my GOD ! I Love it ! I FUCKING LOVE IT. Its great ! It’s FUCKING great (« Putain, mais c’est génial ! »)

Moi : ….

Lenny : I Love the fucking Art  (« Putain, les images sont géniales »)

Moi : heu – thank you Lenny, i’m glad you apprec…-

Lenny : Fuck I appreciate it ! It’s FUCKING AWESOME ! I want to do this project with you NOW ! It’s a FUCKING great project !

..

(Lenny et son enthousiasme débridés viendront nous voir à Paris. Mais finalement…. il ne signera pas ce « Fucking Great project »)

Le lieu : Williams, Nevada, 2000 habitants

usa 4

Herb, 89 ans, World War II veteran.

Devant le K-mart (le petit supermarché du coin). Il m’entend remercier la caissière en remballant mes affaires et, hum, repère mon léger accent…

Herb     : Hey – where are you guys from ? Hey – d’où venez-vous ?

Moi       : De France

Herb    : De France ! La France ! Je ne connais rien de la France ! A part la sauce française (nom de la sauce vinaigrette aux USA)

Moi        : Eh bien, heu, c’est déjà quelque chose, n’est-ce pas.

Herb      : Ah, si en fait, je me rappelle de quelque chose sur la France !

Moi        : Ah oui, quoi ?

Herb   : Jeune, j’étais avec tous ces gars durant les bombardements à Londres, pendant la deuxième guerre mondiale. D’ailleurs j’ai entendu qu’il y avait eu des bombes à Londres ces jours-ci, encore. Et… heu, qu’est-ce que je disais, déjà ?

Moi      : Vous parliez de la France ? De Londres ? Des bombardements ? La deuxième guerre mondiale ?

Herb    : Oh, oui. Durant la deuxième guerre mondiale, j’étais basé à Londres. Tous ces gars volaient vers la France, pour bombarder. La plupart n’en sont pas revenus.

Moi       : Je comprends. Ca devait être une période diff…

Herb     : Oh, et maintenant que je me rappelle, qu’est devenu ce gars, le français, là ?

Moi       : Quel gars ?

Herb     : De Gaulle ! Comment va de Gaulle ?

Moi       : Hmm. J’ai bien peur qu’il ne soit mort il y a déjà pas mal d’années.

Herb     : Oh. Je vois. Comme les autres, Roosevelt, Churchill. Ils sont morts aussi, vous savez. Mais je suis toujours vivant, moi. Je m’accroche.

Le lieu :  Moab, Nevada, 510 habitants.

Dans un hôtel en plein milieu des plaines désertiques du Nevada. 45 à l’ombre – la chaleur absolue. En fin de journée, tout le monde se retrouve autour de la piscine – glacée, par comparaison. Parmi eux Adam, un jeu étudiant de 21 ans.

Adam   : Man ! You’re from France ! I can’t believe it ! Hey, tu viens de la France – je n’en reviens pas !

Moi       : Well – hm – yes !

Adam   : Mais alors dis-moi, dis-moi, je n’y ai jamais cru, mais dis : est-ce que les filles se baladent vraiment à poil en France tout le temps ? (« are chicks really naked in France all the time  ? »)

Moi       : Hm – excuse-moi ?

Adam   : Yeah, yeah, je veux dire, les filles se mettent à poil, oui ?

Moi       : « Les filles se mettent à poil » ? Excuse-moi, il doit y avoir quelque chose que je comprends mal.

Adam   : Yeah, sur les plages je veux dire – les filles sont à poil, non ?

Moi       : Ahhhh, ok. Heu, en France, pas complètement non, mais un certain nombre de filles n’hésitent pas à être topless, oui. En Allemagne beaucoup sont complètement nues (et des hommes aussi, soit dit en passant)

Adam   : Oh man, that’s crazy (« c’est dingue ! »). et personne ne vient les toucher, ou les harceler ?

Moi        : Mais non, voyons ! 

Adam   : Oh mon dieu, quel pays, c’est dingue, c’est complètement dingue. Mais c’est aussi super bizarre, non ?

Moi       : Quoi ?

Adam   : D’avoir les seins de ta copine exposés à tout le monde et tous les hommes peuvent la voir, la mater, la dévorer des yeux. Tu dois te sentir super bizarre, non ? Et jaloux ?

Moi      : Ben non, pas du tout même. Je ne sais même pas par quel bout t’expliquer ça. Pourquoi voir un corps nu serait bizarre ? Et le corps de ma copine ne m’appartient pas non plus. Enfin, c’est dur à expliquer, parce que justement, c’est très simple.

Adam   : Oh, mec, c’est tellement bizarre, tellement bizarre ! Tu as une petite amie en France ? Elle se met à poil sur la plage ?

Moi       : Demande lui directement, elle est juste par là…

Adam   : Naaan, impossible, je peux pas demander ça à une fille, t’es fou !

Moi      : …?

Adam   : Oh, et il y a une autre chose, encore plus super bizarre sur la France.

Moi       : Plus « super bizarre » que « des filles qui se mettent à poil tout le temps » ? Dis-moi, ça doit être un sacré truc !

Adam   : J’ai entendu que vous n’aviez pas d’obèses en France ?

Moi       : Oui c’est vrai. Ou en tout cas, beaucoup moins qu’ici.

Adam   : C’est fou. Mais attends, attends, c’est ma soeur – à ce propos, ma soeur est un canon, elle est un peu folle, mais c’est un canon – ma soeur a été en France il y a quelques années et m’a dit que quand tu vas au Mac Donald, tu ne peux pas te faire resservir gratuitement ta boisson (« No refill in Macdonalds »)

Moi       :  C’est vrai, pas de refill au MacDo.

Adam   : Alors tu rentres au MacDonald, tu prends ton burger et tes frites, et on ne te ressert pas de Coca à volonté ? Mon dieu, c’est vraiment un autre monde !

Le Lieu : Cameron, Utah, 55 habitants. 

navajo nation

Dans la réserve Navajo. Le petit, tout petit restaurant local. La serveuse est jeune, une vingtaine d’années. Son badge lui révèle un nom étonnant – Oona.

Moi      : Can we get the check, please ? (« Peut-on avoir l’addition, s’il vous plait »)

Oona   : Here it is. Where are you guys from ? (« La voici. D’où venez-vous » – saloperie d’accent)

Moi      : France

Oona   : La France ! Super ! C’est si loin, vous venez de si loin ! C’est loin de combien, exactement ?

Moi       : Je ne sais pas. 6 ou 7 000 miles, je dirai.

Oona   : Waouh – vous êtes venus ici pour faire quoi ?

Moi      : Eh bien, découvrir les gens, le pays – comme ici et les Navajos, par exemple.

Oona   : Oh super, vraiment. Vous savez quoi, j’ai vu ce gars de France, l’autre jour à la télé.

Moi      : Oui ? Quel gars ?

Oona   : Vous savez, un gars très vieux. Il est mort il y a deux ou trois mois…

Moi      : Ah, oui, oui, oui… Mais heu, non,  non, non, je ne vois pas du tout.

Oona   : Si, si, je suis sûre que vous le connaissez, un très vieil homme, très populaire. Il y avait plein de monde à ses funérailles. Il s’appelle, attends, à peu près Johannus Paulus quelque chose..

Moi      : Oh oui, bien sûr Johannus Paulus – Jean Paul II. Ce n’est pas un français, cela dit, il est polonais. Mais c’est un européen, oui, en tout cas.

Oona    : Cet homme était très populaire visiblement. Etes-vous allé à ses funérailles ?

Moi      : Non, non. Il a été enterré en Italie – et on habite assez loin de là. Et ce n’était pas vraiment quelqu’un d’important pour nous.

Oona    : Mais c’était bien le chef de votre église ?

Moi     : Hmmm, et bien, pour certaines personnes, oui. Mais vous savez, il y a beaucoup de religions différentes en Europe – et énormément de gens qui ne sont dans aucune de ces religions.

Oona    : C’est vrai ? C’est intéressant. Ici d’où le monde croit en quelque chose. C’est pour découvrir des choses comme ça que j’aime autant parler avec des gens venant d’autres pays.

Moi     : Pareil… Mais tu sais, l’Europe est vraiment grande et variée. Il peut y avoir autant de différences entre deux européens qu’entre toi ici en Utah et un banquier qui vit à Manhattan, par exemple. Ca peut faire beaucoup de différences !

Oona    : Oh oui, tu as raison. Par exemple, je ne savais pas non plus que vous portiez ces drôles de chapeaux pointus…

Moi       : Des chapeaux pointus ? Pardon ?

Oona   : Oui, j’ai vu ton gars-là, Jean-Paulaus something, il avait un chapeau pointu bizarre sur sa tête à l’enterrement. Il était marrant ! Tu en as un comme ça toi ?

Moi      : Oh – tu veux dire son, heu, sa – zut je ne sais pas vraiment comment ça s’appelle, disons son « chapeau pointu rigolo ». Noon, je n’en n’ai pas : c’est un truc qui va avec son job de chef de l’église. C’est son uniforme de travail, quoi…

Le lieu : un Diner à côté de  Monument Valley

Cette histoire-là n’a pas de parole.

J’étais dans un Diner, assis sur une banquette. La personne a côté de moi était plongée dans le journal et n’a pas relevée la tête du repas. Les deux en face de moi discutaient. Le Diner était quasi désert, il faisait chaud, très chaud, surtout dehors, autour de 45°, mais même dedans, malgré un embryon de clim’ poussive. Les serveuses étaient indiennes et pas pressées.

Entre un couple. Lui black, 40 ans, assez costaud. Elle, waouh, elle, je la repère tout de suite. Blanche mais très bronzée, la peau caramel. Un tee-shirt bleu super moulant – mais les épaules nues – et short blanc. Ils viennent s’asseoir sur la banquette devant moi.

Ils se sont assis cote à cote, et pas face à face. Ils sont donc juste derrière les gens les gens assis en face de moi. Mais il n’y a que moi qui les voit.

La fille est assise à gauche, mais tournée vers l’homme – et donc je la vois bien, bien. Elle est superbe – brune, cheveux court, regard vif. Et, en passant, poitrine magnifique sous le t-shirt, et ostensiblement pas de soutien-gorge. Elle voit que je la regarde – la fixe, même.

Elle me regarde. Ne bouge pas. Puis, elle embrasse l’homme sur les lèvres rapidement, en me regardant moi. Je souris. Elle se ré-réloigne de l’homme. Ne me regarde plus.

Deux minutes après, la serveuse arrive avec son verre d’eau glacé – il fait super chaud dans le restai malgré la clim, au moins 40 degrés. Elle boit. Me regarde, me sourit. Et réembrasse l’homme, cette fois-ci en l’embrassant vraiment, ouvrant la bouche. Pendant tout le baiser, elle me fixe moi – qui continue de sourire.

Puis elle se rapproche de l’homme – et l’embrasse à nouveau, cette fois-ci de manière passionnée – et là encore, ses yeux sont rivés dans les miens. Je ne souris plus. Quand elle arrête de l’embrasser, elle s’écarte et sourit très fort à l’homme – mais je pense que c’est toujours à moi que ça s’adresse. Je souris.

Enfin, elle s’assoit sur les genoux de l’homme, face à lui – donc me regarde moi, toujours – me fixe dans les yeux et commence à embrasser l’homme en oscillant sur lui – et au bout d’un moment, commence à sucer la langue de l’homme, en allant et venant – et ses yeux me regardent en rigolant. Elle est belle, bronzée, en sueur – c’est incroyablement érotique.

Et puis, son repas arrive, je paye le mien, je me lève – on se sourit tous les deux – et je m’en vais…

Le lieu : Las Vegas, une table de poker

caesar nuit

Au Caesar Palace – casino légendaire. Tournoi de poker assez débonnaire, dans l’après-midi. A côté de moi est assis Gary, un ex-marine corpulent et sympa. Casquette sur la tête, barbiche rousse, Budweiser à la main. L’atmosphère est amicale et bon enfant. On parle.

Gary   : Tu sais, j’ai été en Europe il y a deux ou trois ans, et ça a changé ma vision de la vie.

Moi    : Sérieusement ? A ce point-là ?

Gary  : Oui. j’ai découvert un truc complètement nouveau pour moi. Je n’aurai jamais cru !

Moi    : Quoi donc ?

Gary   : J’ai découvert que ce que faisait l’Amérique n’était pas toujours le meilleur du monde !

Moi    : Quoi ? Que veux-tu dire exactement ?

Gary  : Depuis toujours, depuis que je suis petit, moi – et tous les américains – on est sûr, non, mieux : on SAIT que ce qu’on fait en Amérique, c’est toujours mieux qu’ailleurs. La nourriture par exemple. Je pensais vraiment que la nourriture américaine était la meilleure du monde. Comme tout le reste. 

Moi    : Et tu as découvert autre chose en europe ?

Gary   : Un peu ouais. J’ai même sympathisé avec un cuisinier français – il m’a invité chez lui, il m’a fait gouté des trucs incroyables. Je ne pouvais simplement pas penser que ça pouvait exister !

Moi    : Ok, donc maintenant tu sais qu’il y a une chose au monde dans laquelle les américains ne sont pas les meilleurs – la nourriture !

Gary   : Pas juste une chose – deux ! Figure-toi que je suis aussi allé en Allemagne et que j’ai conduit des voitures allemandes. Ben pas de problème. C’est meilleur que chez nous.

Moi    : J’aime bien les voitures américaines, moi ! J’adore conduire une grosse Pontiac.

Gary   : Ouais, moi aussi. Mais ce ne sont pas les meilleures, c’est tout. Et finalement, je me dis que tout n’est peut-être pas si bien que ça chez nous. Mais tu sais ici, on ne nous parle que de l’Amérique, des grandes choses – et de comment tout le reste du monde est arriéré ou vieux ou à la traine. C’est dommage, je regrette d’avoir commencer à voyager aussi tard.

Le lieu : Toronto, capitale économique – et anglophone – du Canada

Sonia, rencontrée dans une librairie. Elle est canadienne francophone et on sympathise en se découvrant un intérêt commun pour certains auteurs au maigre rayon de livres français. Elle prend un livre de Bataille et commence à le feuilleter. Je souris. La conversation part sur le sexe – elle m’explique très vite qu’elle est escort girl.

Sonia : J’assume tout à fait ce que je fait. C’est quasiment un métier comme un autre pour moi, tu sais. Mais évidemment pas pour tout le monde. Les gens marchent à fond sur la culpabilité lié au sexe – spécialement ici, en Amérique.

Moi    : C’est un curieux mélange, ici. Les images de nue sont interdites à la télé, mais à Vegas par exemple, tu as des pubs pour des escorts partout dans la rue, à la vue de tout le monde. On te les met presque de force dans la main.

Sonia : Le sexe est un moyen de contrôle fort des pulsions de l’Amérique. Version trash ici.

Moi    : Tu dis à tes amis que tu es escort ?

Sonia : Non, pas réellement. Je dis que je suis danseuse dans un strip club… et je leur demande de ne pas venir me voir ! Avec des amis proches, ce serait juste un peu gênant pour eux, je pense. Mais je regrette ça.

Moi    : Oui, je comprends

Sonia : En fait, le sexe est aspect tellement important de nos vies d’adulte. Celui qui a eu l’idée de vouloir l’entourer de tellement de honte et de gène pour pouvoir contrôler le monde et les gens était un pur génie.

Moi : Oui. Et le pire… c’est que ça a marché.

Le Lieu : Montreal, un coin d’Amérique qui parle français

Dans le jacuzzi d’un hôtel – grand jacuzzi, grand hôtel. C’est le plein hiver, dehors il neige et fait -20 degrés. Un congrès de médecin est en ville. On parle avec x, dont j’ai oublié le nom mais pas le physique impressionnant – un hawaïen souriant et bedonnant, venant découvrir le froid à l’occasion de ce congrès et dont j’ai crû qu’il ferait déborder le jacuzzi en y rentrant, et la beaucoup plus mince Ashley, médecin, en ville avec son mari médecin aussi pour le congrès. Elle vient du Wyoming – que je connais un peu – d’une assez petite ville. On parle de son état et de sa ville.

Moi      : Combien de gens que tu reçois bénéficient des nouvelles mesures de santé publique et d’assurance médicale ?

Ashley : Beaucoup. Sans doute au moins un tiers. Peut-être plus, même.

Moi      : Ils ne venaient pas avant ?

Ashley : Non. Ils se soignaient eux-même. Du coup, on découvre parfois des gens dans un drôle d’état, avec des infections mal traitées, des trucs qu’ils trainent parfois depuis des années.

Moi      : C’est un changement positif, alors, Obamacare et tout ça.

Ahsley : Oui, sûrement.

Moi      : Ca rapproche un peu la politique sociale américaine de celles que l’on a en Europe.

Ashley : C’est vrai. Mais tu sais, fais attention quand tu dis ça à un américain, depuis Bush et la guerre du golfe… ça peut être mal pris (dit-elle en riant, cela dit)…

Moi      : Tu sais, la guerre du golfe, ça nous a vraiment fait un choc à nous français.

Ahsley : Pourquoi ?

Moi     : Depuis qu’on est tout petits, malgré le vietnam et d’autres trucs, on a été élevé dans l’idée que les américains étaient « les gentils ». Quoi que ce soit qui se passe, vous étiez les bons. Et là d’un seul coup, tout s’est écroulé…

Ahsley :…

Moi      : Et puis bien sûr, à ce moment, on a réalisé autre chose.

Ashley : Quoi donc ?

Moi      : Vous aviez décidé de faire votre guerre. Entre vous. Et vous l’avez faites.

Ashley : Et alors ?

Moi     : Et alors je crois que, sincèrement, chaque américain est persuadé que son avis, son opinion, sa décision – est plus importante que celle de n’importe qui au monde. Que celle d’un européen. Ou encore plus celle d’un arabe. De n’importe qui, en fait : chaque américain se sent membre du peuple le plus important du monde. Et que son avis a plus de valeur que celui de n’importe qui d’autre.

Ashley (en éclatant de rire à nouveau) : C’est vrai, c’est tout à fait vrai ! Et vous avez un problème avec ça ? (Yeah – and you’ve got a problem with that ?).

Ca a fait rire aussi notre ami hawaïen. Quand il rit, il y a encore plus de remous dans le jacuzzi.

Et tellement, tellement d’autres.

Ce policier sympa qui me conseillait de ne pas sortir de ma voiture en visitant Yellowstone – pour éviter d’avoir maille à partir avec les bisons – et qui ajoutait « de toute manière, quand tu te balade en Amérique, le meilleur endroit pour être, c’est bien assis dans ta voiture« … Et C. qui me conseillait de visiter Chicago « avant qu’elle ne soit saturée par les Yuppies« , ou encore Adam qui voulait m’acheter un projet « One million dollar, straight, cash, right now » mais n’a plus jamais donné signe de vie… Ou John et Elley, dans leur Bed and breakfast du Montana, qui adoraient recevoir des étrangers parce qu’ils n’avaient jamais quittés les US (comme une grande majorité d’américains) : « Comme ça, tu comprends, on voyage un peu par personnes interposées« . Leur ami Bill, enseignant à la retraite, qui s’était joint à nous pour boire un verre de vin, professait un amour sans limite pour le cinéma… et la France « J’adore votre pays – vos films sont tellement libres, brillants, Truffaut, Resnais. Les femmes sont belles. Et déshabillées, c’est fou, j’adore ça. ». De manière surprenante pour un cinéphile francophile, il ne connait pas Le Mépris ni, du coup, les « fesses de Bardot de toutes les couleurs » de Godard. Je lui raconte. Il s’extasie. « Ton pays n’est pas un vrai pays. C’est un fantasme culturel et sexuel pour nous autres américains ignares et frustrés« .

Et bien sûr tellement d’autres aussi. Entrepreneurs, sportifs, voyous, banlieusards sans histoire et soccer moms, membres débutants de gang, petits zonards, petite vieille que la crise des subprimes a remis au travail et qui vous sert dans un Diner, réceptionniste latino d’un hôtel à San Francisco, redneck du sud profond…

L’amérique, quoi.

0.

(*) Je ne dis pas que c’était spécialement drôle. Mais, pour restituer le contexte, ça se passait quelques temps après une célèbre photo montrant Bush posant en ayant l’air de lire un livre… mais le tenant en fait à l’envers.

PS : bien sûr, il me ferait plaisir et serait qui plus est opportun que vous lisiez tout cela en ayant en tête quelques accords de la guitare de Ry Cooder (Paris Texas), ou que vous chantiez à tue-tête L-A Woman (les Doors), et pensiez ensuite à PJ Harvey (This Mess we’re in ou Good fortune, pour New York) ou à… Chicago. Si vous voulez faire dans le rétro, ça peut aller loin, de Scott Mc Kenzie (so be sure to wear some flowers in you hair… if you’e going to San Francisco)… ou j’ai dans la tête en ce moment le très mélodieux « America » de Simon & Garfunkel – et finalement tellement d’autres ambiances. Que j’aurai pu signaler en début d’article, c’est vrai, puisqu’on en parle. Trop tard, je ne vais pas tout retaper maintenant.

.

Retour au Sommaire

Ou faire une autre forme de voyage, dans l’histoire cette fois : Le soldat qui préférait les fleurs aux fusils

Vous aimerez aussi...

2 réponses

  1. juin 15, 2014

    […] Une esquisse américaine […]

  2. juillet 19, 2014

    […] Une esquisse américaine […]

Laisser un commentaire